Du système éducatif vers l’accès à l’emploi : une reproduction sociale ?
Dossier Education (2/5) - MJS90 - Juin 2010
En France, contrairement à d’autres pays, tous les jeunes sont encore sur le banc de l’école à l’âge de 15 ans, obligation légale, et 0,5 % des personnes âgées de 30 ans le sont toujours. Les jeunes ont bénéficiés de l’allongement de la durée de scolarisation des années 1960 au milieu des années 1990. Contrairement aux idées reçues, le niveau scolaire n’a cessé d’augmenter. C’est notamment grâce à cela que la productivité française, dans les baromètres internationaux des années 2000, et en dépit des 35h (à l’origine censée faire baisser le niveau de productivité), a augmenté.
A 19 ans, un tiers des jeunes est sorti du système éducatif. Ils ont obtenu leur premier emploi, souvent précaire, ou sont au chômage, alors que les deux tiers restants commencent leur parcours dans l’enseignement supérieur en université ou dans les grandes écoles. Sortons d’une autre idée reçue : c’est moins de la moitié des 18-25 ans qui sont, en réalité, des étudiants, les autres sont déjà sortis du système éducatif.
A 23 ans, seuls 20 % des jeunes sont encore dans le système éducatif. Les études longues sont donc peu généralisées. Elles demeurent l’apanage des enfants dont les parents occupent des professions intermédiaires et supérieures (à 18 ans, 9 % des enfants d’ouvriers sont à l’université contre 45 % des enfants de cadres – 75 % des élèves de classe préparatoire sont des enfants dont les parents occupent des professions intermédiaires et supérieures). La « lutte des places » est particulièrement vive en France, et les enfants des parents ayant déjà fait des études, sont généralement mieux dotés.
L’égalité des chances en question
L’égalité des chances n’est particulièrement pas assurée en France, contrairement d’ailleurs à d’autres pays européens, dans lesquels le principe n’est pourtant pas aussi sacralisé. Cependant, l’effet de reproduction sociale n’est pas mécanique, le handicap du milieu social n’est pas insurmontable, et les élèves les mieux favorisés socialement peuvent craquer.
Qui plus est, l’effet « bluff » joue à plein. Le système d’enseignement supérieur élitiste (distinction université à « entrée libre » et grandes écoles à entrée sur concours) et le nombre d’élèves obtenant le baccalauréat, tendent à accroître la concurrence. Les jeunes les moins favorisés ont tendance à intérioriser un complexe d’infériorité et ne tente pas les concours réputés (Sciences po, Centrale, ENS, Polytechnique, Médecine, etc.). Le système scolaire français est clairement mis en cause, car la communauté éducative devrait avoir là un véritable rôle à jouer pour porter l’élève vers le haut, et lui permettre de dépasser ce complexe sociologique.
Dans un contexte de non remplacement des salariés retraités, la concurrence pour l’emploi que l’ont annonçait moindre dans les années 1990, s’est pourtant resserrée. Par ailleurs, le déclassement des classes moyennes a rendu l’avenir de la jeunesse particulièrement incertain, donc anxiogène pour les familles. En effet, les places demeurent restreintes, et la peur de voir son enfant acquérir de moindres conditions de vie, revenus et places sociales, nourrit la concurrence, et par conséquent, les plus riches favorisent (souvent de manière inconsciente) un système scolaire « à deux vitesses ».
Au sein de la jeunesse, notamment pour ceux qui sont nés à la fin des années 1970 et dans les années 1980, beaucoup vivent aujourd’hui le sentiment d’être « floué » : le discours « faites des études, vous aurez un travail », notamment porté par la gauche, a été un échec dans la mesure où ce sont d’abord les structures élitistes qui ont su s’adapter aux évolutions du marché de l’emploi, alors que l’université n’a pas su être aussi dynamique. Ainsi, les enfants favorisés ont tendance à avoir des difficultés à reconnaître leur « échec » (traduit par une moindre position sociale que leurs parents à l’issue de leurs études), et les enfants les moins favorisés, bien que brillants, ressentent davantage d’obstacles à des carrières plus ambitieuses.
Retrouvez l'ensemble du dossier Education, en cliquant ici