Etat des lieux de la jeunesse française (3) : De l’effet « bluff » à la génération flouée
L’égalité des chances n’est particulièrement pas assurée en France, contrairement d’ailleurs à d’autres pays européens, dans lesquels le principe n’est pourtant pas aussi sacralisé. Cependant, l’effet de reproduction sociale n’est pas mécanique, le handicap du milieu social n’est pas insurmontable, et les élèves les mieux favorisés socialement peuvent craquer.
Qui plus est, l’effet « bluff » joue à plein. Le système d’enseignement supérieur élitiste (distinction université à « entrée libre » et grandes écoles à entrée sur concours) et le nombre d’élèves obtenant le baccalauréat, tendent à accroître la concurrence. Les jeunes les moins favorisés ont tendance à intérioriser un complexe d’infériorité et ne tente pas les concours réputés (Sciences po, Centrale, ENS, Polytechnique, Médecine, etc.). Le système scolaire français est clairement mis en cause, car le corps enseignant devrait avoir là un véritable rôle à jouer pour porter l’élève vers le haut, et lui permettre de dépasser ce complexe sociologique.
Dans un contexte de non remplacement des personnels retraités, la concurrence que l’ont annonçait moindre dans les années 1990, s’est pourtant resserrée. Par ailleurs, le déclassement des classes moyennes a rendu l’avenir de la jeunesse particulièrement incertain, donc anxiogène pour les familles, car les places demeurent restreintes, et la peur de voir son enfant acquérir de moindre conditions de vie, revenus et places sociales, nourrit la concurrence, et par conséquent, une scolarité tendant « aux deux vitesses ».
Au sein de la jeunesse, notamment pour ceux nés à la fin des années 1970 et dans les années 1980, beaucoup vivent aujourd’hui le sentiment d’être « floué », à tort ou à raison, qui est de plus en plus prégnant. Le discours « faire des études est un gage pour l’emploi » notamment portés par la gauche, a été un échec dans la mesure où se sont d’abord les structures élitistes qui ont su s’adapter aux évolutions du marché de l’emploi, alors que l’université n’a pas su être aussi dynamique. Ainsi, les enfants favorisés ont tendance à avoir des difficultés à reconnaître leur « échec » (traduit par une moindre position sociale que leurs parents à l’issue de leurs études), et les enfants les moins favorisés, qui bien que brillant, ressentent davantage d’obstacles à des carrières plus ambitieuses.
D'après la note originale de Jérémie Cholley (secrétaire adjoint de la section PS de Belfort à la jeunesse)