Etat des lieux de la jeunesse française (6) : entre chômage et faiblesse des revenus
Récemment, le taux de chômage des jeunes est passé au dessus des 20 %. Ce chiffre est à manier avec précaution puisqu’il s’agit du nombre de demandeurs d’emploi rapporté à celui des jeunes actifs, et non à l’ensemble des jeunes (une grande partie est étudiante donc non active, au sens du marché du travail). Cependant, le sociologue Louis Chauvel alerte : « L’avènement du chômage de masse concentré sur les jeunes est un évènement historique moins visible que mai 1968, mais il pourrait être en revanche plus massif, démographiquement, voire culturellement ». Car depuis les années 1980, les jeunes n’ont jamais connu une période de plein emploi – ce qui marque une génération.
Mais dans le domaine du chômage, comme pour ce qui est de la jeunesse en général, il est peu aisé de percevoir toutes les réalités qui se cachent derrière une situation décrite comme difficile. La situation des jeunes face au chômage est tout de même très différente selon le niveau de qualification et les filières empruntées. La crise actuelle qui touche d’abord l’industrie et le BTP a touché d’abord des jeunes peu qualifiés, plutôt des hommes, et plutôt moins favorisés, et laisse donc pressentir des situations de plus en plus critiques dans les quartiers populaires.
Des revenus toujours trop faibles
Alors que dans les années 1970, le risque de pauvreté augmentait avec l’âge, les années 2000 sont davantage marquées par une pauvreté touchant d’abord les jeunes. Le RSA versé seulement au plus de 25 ans, n’est pas sans entretenir cette précarité « jeune ». Ainsi, aujourd’hui en France, 45 % des « pauvres » ont moins de 25 ans (et 72 % moins de 35 ans).
Si la composition du ménage explique cette situation (66 % sont célibataires – mères célibataires davantage touchées : + 4 points par rapport aux hommes), le niveau de revenu est généralement faible car encore très lié à l’ancienneté (contrairement aux pays anglo-saxons où le salaire représente davantage l’efficacité et les capacités – bien que le niveau de revenu des personnes plus âgées demeurent plus important du fait de l’accumulation d’un capital financier et/ou foncier tout au long de la vie). Aussi faut-il noter qu’en France le niveau de salaire connaît des augmentations généralement plus importantes en début de carrière.
Aussi, l’Etat ponctionne davantage les jeunes célibataires sur le revenu, dans un système fiscal qui profite essentiellement aux familles aisées (par le biais du quotient familial) – tandis que les jeunes ont subit davantage l’envolée de l’immobilier (accès à la propriété et cherté des loyers) alors que les générations précédentes ont souvent réalisé de fortes plus-values immobilières. Le patrimoine moyen des moins de 30 ans en 2004 était de plus de 4 660 € pour au moins la moitié d’entre eux.
D'après la note originale de Jérémie Cholley (secrétaire adjoint de la section PS de Belfort à la jeunesse)