La chronique de la semaine
Quand certains commerçants font permanence de l’UMP
De retour de vacances, au détour d’un verre en terrasse, le promeneur observateur aura eu l’impression d’une place d’Armes plus fleurie qu’au printemps. C’en est pourtant moins la conséquence des efforts des jardiniers de la municipalité que de ceux de certains commerçants, qui arborent un panneau « VIEILLE VILLE EN DANGER » sur leurs vitrines, comme un bouquet de fleur offert à la droite belfortaine.
A l’intérieur des échoppes, une pétition trône sur le comptoir, invitant le client à parapher un pamphlet rejetant le projet de la mairie de « piétonisation » de la vieille ville. Ce chantier n’est pourtant pas une idée propre à Belfort, la plupart des villes françaises de 5 000 à 2 millions d’habitants ayant lancé ces dernières années des projets similaires - au plus grand bonheur des… commerçants !
L’estocade, ou plutôt la noria, organisée par l’UMP sur la place d’Armes est une stratégie qui repose une fois de plus sur la peur : celle, pour le commerçants, de voir leur chiffre d’affaires baisser, et pour les résidents, celle de l’envahissement des piétons. Plus grave, les discussions avec les riverains les plus Meslotolâtres tournent très vite à la calomnie, la diffamation, voire à l’incitation à la haine raciale… (Lisez attentivement les affichettes sur les vitrines de certains commerces, c’est simplement honteux… Invitons d’ailleurs le procureur de la République à flâner à la sortie du Palais de Justice, quelques procès ne seraient pas du luxe !)
Si le débat doit avoir lieu, naturellement, et qu’on peut peut-être regretter que notre Maire* ne l’ait pas lancé bien plus tôt en amont du projet, convenons tout de même qu’il doit se fonder sur des éléments d’appréciation objectifs. A savoir qu’on ne trouvera pas (ou si peu) de personnes qui vivent ou exercent une activité dans un centre ville piéton et qui s’en plaigne ! En tout cas dans les villes où cela a été mis en œuvre… Et pour ça, pas besoin d’aller bien loin.
Un petit conseil, d’ailleurs, à nos amis belfortains qui sont saisis par la peur : il existe, lorsqu’on sort de la ville, une autoroute qui va bien au-delà de Montbéliard, et par laquelle ils peuvent se rendre à Besançon (si, si !). Ville socialiste de longue date, la « piétonisation » de la vieille a commencé il y a plus de 30 ans… Figurant comme avant-gardiste, le projet faisait l’objet de nombreuses contestations à l’origine : plus un commerçant ne vous dira qu’il veut voir des véhicules repassant devant chez lui ! Faites le test vous-même !
Bien pensé, un projet de piétonisation fait revivre un centre ville, sa vie commerçante, son intérêt touristique et en fait à nouveau un véritable centre de la vie collective – un endroit où l’on se rencontre, où l’on peut se promener librement sans risque de se faire happer par le premier bolide qui vrombit (comme on en voit d’ailleurs souvent sur la place d’Armes !).
En somme, il s’agit d’un jeu gagnant-gagnant, dont on ne peut être hostile que par une idéologie conservatrice (et peut on en vouloir à un antiquaire d’être conservateur !) ou par une méconnaissance totale de l’urbanisme (ses enjeux et ses réussites).
Allez, gageons que cette agitation électoraliste finira par cesser ! Et n’oublions pas qu’après tout, si le passage de voitures dans une rue ou un quartier bénéficiait pleinement au dynamisme des commerces, le Faubourg de France serait vide tous les samedis !
Besançon, Vieille ville - Une piétonisation qui "marche" depuis 30 ans
Jérémie Cholley
* Etienne Butzbach, Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), réélu en 2008 – pour les novices, précisons que le MRC est un parti politique créé en 1993 par Jean-Pierre Chevènement, ancien Ministre dans les gouvernements socialistes, dont l’influence se limite aujourd’hui à quelques villes en France – le MRC se distingue notamment de son grand frère socialiste par un rejet de la construction européenne, et un idéal de société tourné davantage vers une économie dirigiste que vers celle du marché.