La chronique de la semaine
Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ?
C’est la question à laquelle on dû répondre les 600 000 candidats au baccalauréat 2010, lors de la première épreuve, l’épreuve reine, celle de la philosophie. A n’en pas douter, celui qui n’aura pas cité, en cette période de Coupe du Monde en Afrique du Sud, l’œuvre politique de Nelson Mandela, aura laissé échapper l’occasion d’une démonstration habile qui lui permettait de répondre positivement à la thèse induite par le sujet.
Cependant, l’exemple africain semble le plus pertinent. En effet, lorsque Madiba* fut élu Président de la République sud-africaine en 1994, moment où sonna la fin de l’Apartheid, il engagea à travers le pays un vaste chantier pour entendre des exactions et crimes perpétrés aussi bien par le pouvoir « blanc » que par les forces de l’ANC (parti « noir »). Cette politique, institutionnalisée par la commission « vérité et réconciliation » et présidée par le non moins célèbre Desmond Tutu, avait pour objectif de faire solde de tout compte du passé ségrégationniste et violent de l’Afrique du Sud.
Cette commission permettait à chacune des victimes des deux camps de se faire entendre, et de se confronter à ses agresseurs. En cas d’aveux, ces derniers bénéficiaient d’une amnistie. Pour Nelson Mandela, c’était le seul moyen de faire table rase du passé, en l’évoquant et en organisant un pardon général, pour pouvoir imaginer un avenir ensemble, et construire un pays démocratique et développé.
Si toute comparaison doit faire l’objet d’utiles précautions, comment ne pas imaginer quelques liens avec la politique locale actuelle ? Les jeunes socialistes héritent aujourd’hui d’un passé tumultueux entre les partis de gauche belfortains, et les différentes sensibilités à l’intérieur du Parti socialiste lui-même. Pour ceux qui sont « nés sous Mitterrand » et après, cette cristallisation des échanges n’a qu’un sens très limité dans leur engagement politique.
La vérité sur ce qu’il s’est passé depuis le « schisme » de 1993 entre PS et MRC, qui structure encore aujourd’hui la gauche belfortaine, nous ne la connaitrons jamais autrement que par le prisme de ceux qui l’ont vécu, plus ou moins durement, avec leur sensibilité. La réconciliation, elle, ne semble pas encore pour maintenant. Pourtant, il le faudra bientôt, à l’intérieur de la gauche, comme à l’intérieur du parti, au national comme au local. Car pour tous les jeunes, si cet héritage ils doivent l’assumer, ils ne le porteront plus en cas de défaite des partis de gauche.
En effet, les jeunes qui se sont engagés très récemment en politique, au Mouvement des Jeunes Socialistes et au Parti socialiste du Territoire, la motivation de battre la droite est plus forte que tout. Et il s’agit moins de s’engager pour des raisons personnelles, que de lutter contre une politique de droite, dont nous sommes les premières victimes : déstructuration du système éducatif, élitisme de plus en plus outrancier de l’enseignement supérieur, difficultés d’insertion sur le marché de l’emploi, obstacles à l’autonomisation par le logement, etc.
Voilà pourquoi, il nous semble peut-être plus utile d’oublier ce passé qui ne passe plus, et de construire une vraie force de gauche et d’avenir dans notre département, moins sur la vérité du passé que sur le potentiel d’une réconciliation.
Mandela remettant la Coupe Webb Ellis (coupe du monde de Rugby) à François Piennaar, capitaine de la sélection sud-africaine en 1995. Moment immortalisé par le film "Invictus".
Jérémie Cholley
* nom tribal de Neslon Mandela